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PRIMEROSES ET RIMES ROSES - LA PREMIERE FOIS QU'ALBERT BAUSIL AVOUA SON TALENT...
le 18 Fév 2003 - 08:22
Charles et la littérature par Nicolas Paquin (alias Charles Blondeau)

J’ai devant moi un petit bouquin précieux, rare même pour les Perpignanais qui ont je crois une rue pour se rappeler du talent d’Albert Bausil. Cette plaquette est celle d’un jeune poète qui y publie ses premiers poèmes, ses primes roses. Primeroses et Rimes roses est le premier recueil que publie le jeune Albert Bausil en mars 1905. Sous cette couverture mauve imprimée chez J. Payret, de Perpignan, le portrait en pied d’Albert, le chapeau légèrement incliné, précède cette citation :
« Ah, les premières fleurs, qu’elles sont parfumées!
Et qu’il bruit avec un murmure charmant
Le premier « oui » qui sort des lèvres bien aimées… »

Paul Verlaine




S’ensuit un texte qu’Albert offre à son Maître, Edmond Rostand :

« Maître,

Autrefois, j’ai voulu que mon premier poème parût sous l’égide de votre nom. Il s’en est allé vers vous, avec l’excuse de sa jeunesse, naïvement heureux de croire qu’il rejaillissait un peu de Gloire sur lui – parce qu’il portait en aigrette la Gloire dans sa dédicace!

Aujourd’hui, c’est ma première plaquette que je vous offre. Laissez-moi vite vous dire qu’elle n’ira pas vers le grand public. La plupart des poèmes qu’elle renferme furent commis lorsque j’étais rhétoricien. Or, ce soir, au seuil de mes vingt ans, au moment de la crise où la vision s’affine, où la sensation se précise, où la manière se transforme, j’étais sur le point de les désavouer… Sans doute, plus tard, s’il m’arrive de réaliser un peu de l’idéal que je porte en moi dans une œuvre véritable, je rougirai de ces pauvres vers maladroits. Et, cependant, je les aime. Je les aime parce qu’ils disent les premiers rêves de l’enfant que je viens d’être, et parce que c’est un peu de mon petit moi-même qui s’éveille quand je les dis…
Au moment d’aller vers Paris, qui voit avorter ou s’épanouir tant de métamorphoses, j’ai voulu réunir mes premières strophes à l’intention de mes amis. Les amis seuls sauront les accueillir pour leur faiblesse et les aimer pour leur humilité…

Pauvres vieilles chansons de mon adolescence !

C’est, en somme, une concession – à – perpétuité que je leur assure dans un petit cimetière de province, où l’Oubli aura la pitié de laisser croître beaucoup de ronces…

Je tiens, cependant, – pour deux raisons, – à vous dédier mes « Primeroses ».

Il me semble que mon désir (exprimé dans « La Muse du Poète », qui est, en quelque sorte, ma profession de foi littéraire) de voir succéder à une poésie nébuleuse et torturée, une poésie de lumière et de soleil ne saurait mieux se préciser, que si je mettais en tête de mes poèmes le nom de celui qui chante le plus radieusement le Génie lumineux de France.

Et puis… je vous ai dit que « Primeroses », était pour mes seuls amis. Et les encouragements que vous m’avez prodigués m’enhardissent à vous considérer comme le plus grand de tous!

N’est ce pas votre faute si vous m’avez habitué à vous aimer… au moins autant que je vous admire ?

J’adis, je vous ai dit avec quel orgueil je gardais les reliques qui me venaient de vous. Je n’oublie pas non plus que vous avec été, pour m’encourager, jusqu’à trouver mes vers « très habiles et, ce qui est mieux, d’une si jolie inspiration. »

C’est donc pour vous dire encore mon merci le plus ému

« Que je mets tout mon cœur dans un bouquet de rimes,
« Afin de l’effeuiller, dévotement, pour vous! »

ALBERT BAUSIL

Perpignan, mars 1905.



Dans ce petit texte s’exprime brièvement la part d’art qu’Albert contribuera à transmettre à Charles : voir succéder à une poésie nébuleuse et torturée, une poésie de lumière et de soleil. Et c’est cette philosophie de plein jour qu’il consolidera sa vie durant.

Alors que d’autres ont cherché dans l’automatisme ou le surréalisme, par exemple, à rompre avec le romantisme, Albert, comme Edmond Rostand, préfère l’alléger, le rapprocher du ciel et de la clarté.

Richard Cannavo affirme que c’est par absence d’ambition que Bausil s’est ancré dans le Roussillon : « Bausil, c’est un prince de la nostalgie qui surgit au revers d’une bouffée de spleen pour rappeler à tous ces fous que nous sommes que la terre est jolie et que l’ambition tue la vie » . Pourtant, à 24 ans, il a rêve de Paris et l’évoque dans ce texte. Il n’y est pas resté. Qui sait si ses « métamorphoses » ont avorté ?

Presque jour pour jour, près de 38 ans après Primeroses et Rimes roses, Bausil ira rejoindre le ciel qu’il a tant chanté. On pourrait le dire oublié, si nous n’osions pas affirmer qu’il est la source de Trenet, lui-même papa universel des Brassens, Brel, Bécaud et compagnie. Quelle influence pour un homme dont l’œuvre occupe principalement les rayons de l’Oubli!

J’ai longtemps cru garder pour moi ces petits vers qui ont dû se trouver un jour dans la bibliothèque d’un ami de Bausil. Ne suis-je pas moi-même ami de Bausil ? N’ai-je pas arpenté Perpignan sans cesser de chercher son profil ? N’ai-je pas l’âge qu’il avait lorsqu’il signa ce bouquin ?

Mais ma nature autant que ma honte à l’idée de copiner l’Oubli m’incitent à vous présenter quelques bouquets de ces Primeroses.

Bonne lecture!





Pour moi Maître aimé, pour Edmond Rostand.
Oui, je sais, je sais… les autres vont rire…
Mes vers sont mauvais, mon audace est pire,
On ose beaucoup, quand on aime tant !...


LA MUSE AU POÈTE

Je suis lasse de t’appeler sous les cieux noirs.
Je n’ai plus de clarté dans les plis de ma robe.
Mes yeux ont trop pleuré les déclins et les soirs…
- Guide-moi vers les joies éclatantes de l’Aube !

Les poètes d’hier m’ont mené sur la grève
à l’heure où les embruns hurlent au vent d’hiver…
Mène-moi vers les monts où l’aurore se lève ;
je veux voir le soleil éclabousser la mer!

Mes mains ont déchiré le manteau de la brume
dont un reste s’accroche aux ronces du chemin…
Je sens que le matin s’éveille et se parfume ;
laisse-moi me griser des parfums du matin !

Je n’ai vu que d’hideurs, monstres et pourriture
dans l’ombre qui m’étreint et d’où je veux sortir…
Ne saurait-il chanter de la Grande Nature
que ce qu’on voit grouiller ou ce qu’on voit pourrir ?

De la clarté ! de la clarté ! – Je veux revivre
hors des nuits sans étoile et de l’obscurité
revoir dans le jardin qui frémit et s’enivre
l’épanouissement des roses de l’été!

Laisse aux hommes du Nord l’angoisse nébuleuse
de n’évoquer que les fantômes du sommeil.
Toi, chante le réveil de l’aube radieuse
et roule-toi sous les caresses du soleil !

Vibre. Mets dans tes vers la Couleur et la Vie ;
frappe à l’enclume d’or du rythme universel
et donne à ta pensée encore inassouvie
l’essor vertigineux des oiseaux de ton Ciel !

Je veux être la muse claire et souriante
qui porte la Lumière aux gerbes de ses mains…
Hommes ! venez à moi, l’immarcescible Amante
dont les baisers heureux n’ont pas de lendemains !

Vous avez tous besoin d’oublier Cilice
pour subi la Laideur et supporter le Mal :
Moi, je suis la Berceuse et la Consolatrice
et je viens apporter ce baume : l’Idéal !

Je veux par mes chansons vous indiquer la route
de la pure, de la lumineuse Cité ;
ressusciter l’espoir, anéantir le doute,
et vous mener vers le Bonheur, par la Beauté !






à Maman

L’Âme des cloches

CLOCHES D’HIVER

« Hosanna! »

Tandis qu’à l’infini la neige lente essaime
comme un vol de phalènes blancs silencieux,
les cloches de Noël tintent dans la nuit blême
pour un appel dévotement mystérieux.

Sans doute qu’éveillant leurs voix douces et frèles [sic]
un ange les frôla de son manteau vermeille,
allant bercer du rythme calme de ses ailes
le nouveau-né de Bethléem dans son sommeil…

Cloches de la Noël! parmi la nuit profonde
vous êtes la chanson des beaux chérubins blancs,
les pipeaux des bergers devant la crèche blonde
où le petit Jésus ouvre ses bras tremblants…

Rêveusement, par les espèces léthargiques
que l’hiver aux torpeurs muettes condamna,
vous épandiez des allégresses séraphiques
dans le frisson de l’universel « Hosanna »!

Et lorsque vous vibrez ainsi, cloches légères
dans les décembres froids, je vous bénis souvent
de réveiller en moi les naïves chimères
et tous les souvenirs de mon passé d’enfant!...






CLOCHES DE PRINTEMPS

« Alléluia! »

Vibrez éperdûment dans l’aurore vermeille
que l’éclatant soleil d’avril incendia,
montez dans la clarté du matin qui s’éveille,
joyeux Alleluia!

Mêlez votre cantique au cantique des branches,
des buissons reverdis et des nids bruissants,
qui clament, au parfum des aubépines blanches,
la résurrection joyeuse du printemps!

Pendant les tristes jours de la Semaine Sainte
vous vous taisiez dans les clochers silencieux,
où les doux Angelus –tristes comme une plainte–
prenaient seuls leur essor timide vers les cieux.

Mais maintenant que tout renaît et que tout chante
dans la nature et dans le ciel –rêves et fleurs!–
unissez votre voix onduleuse et puissante
aux clairons d’aube, aux matutinales rumeurs!

Sur les vallons, sur les campagnes rajeunies,
que la montée des germes purs vivifia,
passez, cloches d’avril, vois de Pâques fleuries,
joyeux Alleluia!






CLOCHES D’ÉTÉ

« In hymnis!... »

Dans l’église qu’emplit l’odeur des lis en gerbes,
que caresse d’accords l’orgue monumental,
les oriflammes clairs se balancent, superbes,
et comme secoués d’un frisson triomphal.

Le portail grand’ouvert montre la nef immense
qu’inonde la douceur des cierges pâlissants…
…et la procession lumineuse s’avance
dans des flots de soleil et de vapeurs d’encens.

Elle marche vers de plus hautes cathédrales
où l’horizon déploie son magique décor,
vers les chemins jonchés d’une pluie de pétales
où les fleurs de genêt lui font un tapis d’or!

Sur le satin des ornements omnicolores
le plein jour fait flamber tout un rutilement…
Alors des carillons et des cloches sonores,
l’envol, le large envol des « in hymnis » s’épand!

… Mais lorsque le soleil se meurt dans le soir rose
et que les vieux clochers se taisent au lointain,
la Fête-Dieu s’achève en une apothéose
dans la splendeur du crépuscule de juin!






CLOCHES D’AUTOMNE

« De profundis… »

Les cloches en frisson passent dans les cieux blêmes…
Il fait triste. Le vent secoue les arbres roux
et le parfum religieux des chrysanthèmes
monte comme un encens mélancolique et doux…

C’est la fête des pauvres âmes disparues…
Les souvenirs pieux s’éveillent en essaims…
Et des femmes en noir passent le long des rues
avec des fleurs de cimetière dans les mains…

Les lointains veloutés prennent des reflets d’ambre
et dans les airs, qu’émeut leur lent frémissement,
tandis que meurt ce soir morose de novembre,
les cloches en sanglots montent rythmiquement…

Si vous êtes le glas, ô cloches prophétiques!
des espoirs révolus, des défuntes splendeurs,
et si vous attristez nos cœurs mélancoliques
avec l’irrévocable effeuillaison des fleurs,

vous avez cependant, ô lentes voix berceuses,
qui conseillez l’oubli des décevants jadis,
le secret d’endormir nos âmes douloureuses
au monotone chant de vos « de profundis »…

Novembre 1901.

 
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Re: PRIMEROSES ET RIMES ROSES - LA PREMIERE FOIS QU'ALBERT BAUSIL AVOUA SON TALENT...
par summicron (Envoyez un message) le 21 Fév 2003 - 12:49
Merci pour ces poèmes difficiles à trouver. Ce sont des poèmes de jeunesse, comme on aimait en faire à l'époque (ma grand-mère, née en 1890, a publié aussi, influencée par Rostand). Cher Nicolas, il vous reste encore beaucoup de travail : retrouver les poèmes et les oeuvres de AB qui ont suivi. J'aimerais bien savoir si AB a été influencé par Max Jacob. Anisi serait identifiée la source du "fleuve Trenet" : Max Jacob revu par Bausil. Trenet a connu Max Jacob mais plus tard. Son art était déjà établi.

Contact : webmaster@charles-trenet.net

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