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LA NUIT DU JOUET A LYON, LE 20 FEVRIER 1963
le 27 Nov 2015 - 12:02
Charles et la chanson

OU
VOULEZ-VOUS JOUER AVEC MOI ?

Par Jean Séraphin

L’invitation était certes trop tentante et c’est pourquoi j’ai pris, ce matin du mercredi 20 février, l’avion qui met Lyon à la portée des lillois en 1h20.
J’ai échangé le gel contre la pluie et l’avion contre un autobus.

Au Palais des Congrès, c’est finalement ma qualité de nordiste qui devait m’ouvrir toutes les portes de cette exposition réservée aux professionnels. Je n’en ai ouvert qu’une : celle d’où venait une musique. Et de toute ma journée, je n’aurai pas vu un jouet.

Sans l’avoir cherché, je me trouve en effet dans la salle de spectacles où se répète le gala du soir. Je prends un air dégagé ainsi qu’un siège. Déjà je vois entrer Freddy Lienhart. Décidément, tout me sourit.






Je vais aux renseignements. Freddy est arrivé à Lyon la veille ; Charles Trenet l’a suivi et M. Hebey, dont l’avion n’a pas voulu décoller, arrivera par le train, à 14 heures. La répétition de Charles Trenet est prévue pour la fin de l’après-midi.

En attendant l’heure du déjeuner, je m’amuse beaucoup à profiter du spectacle. Je ne suis pas très « up to date », mais Freddy Lienhart me renseigne :
«Qui est ce chanteur ?
- Leny Escudero ».
J’avoue ne pas être plus avancé.
« Et cette jeune chanteuse, vous la connaissez ?
– Bien sûr, c’est Sylvie Vartan.»

Je tiens à écouter sérieusement le témoignage de cette charmante petite demoiselle et il me restera de cette répétition mémorable le souvenir que je n’ai pas perdu mon temps. Derrière elle, sur la scène, ses « gorilles » : quatre musiciens en compagnie d’amplificateurs qui font un terrible raffut. Sylvie Vartan connaît bien le rythme, sa voix est fraîche et agréable. Elle s’habille gentiment, simplement, et elle chante de même. Dommage que là s’arrête la simplicité.

Sylvie ne s’entend pas chanter et demande que la technique augmente la puissance des diffuseurs placés dans la salle. On le fait. Elle n’entend toujours pas. La technique fait alors remarquer : « Les amplificateurs de vos musiciens sont plus puissants que ceux de la R.T.F. A eux plutôt de baisser qu’à nous d’augmenter. » La copine des copains n’en tient pas compte. Elle tient son micro portatif et le retourne vers ses hommes : « On dirait un micro de magnétophone ! » La technique lui reproche de chanter trop près de ce micro. Rien n’y fait. Alors, comme Sylvie Vartan réclame à nouveau une augmentation de la puissance, elle s’attire cette réponse d’un cameraman : « On pourrait augmenter la puissance, non la qualité. » Imperturbables, Sylvie et les gorilles terminent leur répétition.

Je pars aussi, non sans avoir remarqué Zavatta qui fait le clown dans un coin et Jacques Charon qui répète avec Françoise Dorin un texte de présentation assez sensationnel. Bien sûr, je reviendrai.

C’est chose faite avant seize heures. A temps pour voir et entendre Annie Cordy, Bennie Vasseur et André Paquinet . C’est une appréciation personnelle, mais je regrette un peu l’époque des débuts d’Annie Cordy à la télévision française. A la répétition de cet après-midi, elle retrouve cette mesure dans la fantaisie qui me plaisait ; parce que c’est une répétition : au gala de ce soir, elle mettra à nouveau les « pleins gaz ».

Freddy Lienhart lit les journaux. Il me raconte un peu le voyage en U.R.S.S. où ils sont allés en décembre dernier. Parfait sur le plan professionnel, moins plaisant sur le plan matériel : peu de confort dans les hôtels, nourriture peu variée, pas de fruits en cette saison sinon de minuscules citrons à 5,00 frs pièce, pas de légumes sauf des oignons que l’on fait revenir à tous les repas.

A ce moment, Charles suivi de M. Hebey, fait une entrée discrète. Ils s’installent dans la salle pour profiter du spectacle et déjà certains responsables du gala viennent vers eux. Je fais de même.

Devant sa surprise, je dois lui expliquer que j’ai fait installer au départ de Lille quelques lignes aériennes pour faciliter les relations extérieures du Club. Ce n’est pas entièrement exact mais Charles est d’accord avec moi pour trouver cela formidable.

J’adopte un fauteuil à proximité. Je connais maintenant Leny Escudero qui est en train de chanter. Charles est fort intéressé. « C’est très bien ce qu’il fait ! Sauriez-vous me dire le titre de la chanson qu’il interprétait avant celle-ci, celle qui faisait la, la, la, la ? …
- Vous savez, en dehors de vos chansons, je ne suis pas très spécialiste. …
- Vous avez tort ! Il y a souvent des œuvres d’autres compositeurs que je préfère aux miennes. …
- Moi aussi … Non, ce n’est pas ce que je voulais dire. Il y a d’autres chansons que j’aime beaucoup, mais de là à me rappeler toujours les titres… »

Charles félicitera tout à l’heure Leny Escudero et lui prédira une belle carrière. Ce jeune a réellement beaucoup de talent et de personnalité ; beaucoup de vigueur aussi. Je lui reprocherai seulement de créer une tension qui n’est pas longtemps supportable ; après six chansons, on applaudit de bon cœur son départ. Il apprendra à doser mieux son répertoire. Si je le pouvais, je l’encouragerais aussi de passer chez le coiffeur. Lors de la retransmission télévisée, on aurait juré qu’il portait une toque.

Voici maintenant sur scène Rika Zaraï. La robe qu’elle porte a le curieux pouvoir de la raccourcir en l’épaississant et ce n’est pas nécessaire. En tout cas, elle est charmante. Charles dira tout de suite qu’elle lui rappelle Guylaine Guy et cette parenté, qui ne vient certes pas des origines, est en effet frappante.

L’humeur n’est plus aux choses sérieuses. Rika Zaraï annonce qu’elle va chanter en hébreu :
« Mais vous comprendrez, parce que c’est une chanson d’amour et que l’amour etc. … »

Charles confie alors : « De toute façon, l’amour, pour moi, c’est de l’hébreu ! » Puis il devient lyrique : « J’ai toujours rêvé d’écrire un texte : la traversée de la Mer Rouge par les zèbres. Il suffirait de déplacer l’accent tonique et de dire : par les zèBREs ».

Rika Zaraï commence : « Jupon vole » et Charles se met à rire : « Elle chante le Jardin Extraordinaire ! Mais on ne retrouve pas les paroles, même pas un « Thank you, Monsieur Trenet ! »

Sur scène, Françoise Dorin et Jacques Charon présentent maintenant « à la manière de Musset » et, dans la salle, Charles déclame du Musset.

Puis c’est un ballet écossais et Charles remarque : « Tiens ! l’arrivée de Margaret ! »
Un passage musical attire à nouveau son attention : « Ma parole, ils jouent maintenant Kangourou ! Après tout, mon histoire vient d’Australie et j’avais voulu faire une musique anglo-saxonne. »

Tout de même, je me tourne vers M. Hebey : « Notez bien tout, pour les droits d’auteur ! » Il prend un air découragé : « Ce n’est pas possible, ses chansons à lui sont toutes plus récentes ! »

Quand je disais que nous n’étions pas sérieux…

Pourtant cela va être le tour de Charles. La scène est incroyablement grande. L’orchestre est loin derrière les chanteurs, voilé par un rideau. Les artistes chantent devant un micro et leurs accompagnateurs les suivent au casque.

Un casque ?
Charles déclare : « Je vais chanter La Madelon. »

Mais le voici à son poste et il redevient très sérieux. Freddy Lienhart coiffe le fameux casque et attaque Fleur bleue. Charles chante deux vers et arrête tout net. Il regarde autour de lui, voit sur le côté un diffuseur et demande qu’on le place devant la scène, sur une table. C’est tout. Mais je comprends que Sylvie Vartan tout à l’heure ne s’entendait pas chanter et que sans doute Charles n’entendait pas jouer Freddy. Le diffuseur mieux placé servira ce soir à tous les artistes.

Charles ne s’est pas énervé, il n’a même pas donné d’explication. On lui a obéi simplement, parce que Charles ne s’amuse plus quand il chante Fleur bleue, il exerce son métier ; il est tout de même le plus grand.

On répète un bout de Kangourou. Pour La Mer, quelque chose ne va pas dans l’orchestration au gré de notre Poète et Freddy approuve : la section rythmique joue en majeur et l’orchestre en mineur ou réciproquement. Dans un an ou deux, La Mer sera une chanson majeure et on y verra plus clair. Ce soir, elle ne figurera pas au programme et les spectateurs la réclameront en vain.

Il est déjà tard, vidons les lieux. Charles prend l’avis de M. Hebey : « Je mettrais bien un smoking ce soir. » M. Hebey approuve, sachant bien que Charles s’habillera finalement comme il en aura décidé lui-même. Freddy pense au train de 1h41 qu’il est décidé à prendre pour rentrer à Paris. C’est le train que je vise aussi.



Dans le hall, comme nous sortons, Charles me dit : « Je termine une chanson qui s’appelle Landru. Il faut que je vous en donne le début pour le journal du Club».
Et nous l’écoutons qui commence à fredonner : Landru, Landru, vilain barbu… Il nous chante toute la chanson qui est si amusante et pleine d’esprit. Espérons, il l’a promis, qu’il enregistrera très bientôt l’histoire de ce Landru qui a tant séduit … et même encore de nos jours Françoise Sagan.

Je prends congé à la sortie, car je reste dans les parages.
Et très vite, devant une salle comble et chic, le spectacle recommence. Tout s’enchaîne à merveille. Seul incident : Sylvie Vartan fait un couac notable dans l’une de ses quatre chansons. En le retrouvant intact, deux jours plus tard, sur l’une des deux chansons sélectionnées par la télévision, je comprendrai que la technique a eu le dernier mot.

Vient la présentation de Françoise Dorin et Jacques Charon sur un texte de Françoise Dorin :
- Voici maintenant, pour clore ce programme,
Le grand Charles Trenet.
- C’est un peu court, Madame !
- Monsieur de Bergerac, c’est vous ! sans votre nez !
- Quand on a le bonheur d’avoir Charles Trenet,
On doit trouver des mots pour présenter cet homme !
- Que peut-on dire ?
- Oh ! bien des choses en somme
En variant le ton. Par exemple, tenez !

Agressif :
- Si quelqu’un n’admirait pas Trenet,
Il faudrait sur le champ que je le conspuasse !

Affectueux :
- En lui la joie est si diverse
Que j’aimerais le voir à mon enterrement…

Définitif :
- Trenet ? Mais c’est un monument !

Tendre :
- Il en a tant vu, des étoiles… filantes

Admiratif :
- Eperdument reconnaissante,
La mer qu’on voit danser
D’un bleu désobligeant
Quand il vient à passer
Prend des reflets d’argent.

Militaire :
- Aussitôt qu’ils le voient, les gendarmes
Qu’il a tant chansonnés disent : Présentez charme !
Comme César l’aurait sûrement dit :
Es magnus genius musicae populi !

Naïf :
- A-t-il déjà sa statue à Narbonne ?

Historique :
- Ah ! pardieu ! Lorsque Trenet fredonne,
Les petites fleurs bleues éclosent sous ses pas.
Elles repousseraient même après Attila !

Campagnard :
- Aussitôt qu’elle l’entend, la Noiraude,
Chanter le « débit de lait »,
Eh ! eh ! V’la qu’elle fait la faraude !

- Il faut arrêter là l’énumération
Si je ne freinais pas mon admiration,
Je serais là demain.
- Pourtant, à ces manières de présenter Trenet
Voudriez-vous ma chère, en ajouter…
- Encore une…
- Aussi pour le louer ?
- Bien sûr, et que Rostand n’eût pas désavouée
- J’en serais très heureux.
- Dans toutes tes chansons,
Tu prends un arbre obscur et tu l’apothéoses,
O Trenet ! toi sans qui les choses
Ne seraient que ce qu’elles sont.

Après cette brillante présentation à la manière de Rostand, Charles apparaît enfin. Il ne porte pas son smoking, mais un complet gris très clair, chemise à plastron, nœud et pochette noirs.

Il a remporté auprès du public de cette vaste salle le triomphe qui mérite son grand art. Voici la composition de son tour de chant :
Au fil du temps perdu – Les relations mondaines –Kangourou – La java du diable – Les coupeurs de bois – Papa pique et maman coud – La cigale et la fourmi – Boum – L’âme des poètes – La route enchantée.

La télévision reprendra pour sa retransmission la première chanson ainsi que les trois dernières. Je sais que notamment l’interprétation si joliment délicate de L’âme des poètes fera une grosse impression sur tous les téléspectateurs.

En attendant, un dernier ballet et le public se rue vers les trois salles qui sont réservées pour le souper. Je suis la foule. Je ne reverrai pas Charles Trenet ni M. Hebey.

Mon train de 1h41, je l’aurai finalement à deux minutes près et je ne reverrai pas non plus Freddy Lienhart. Mais jeudi matin je serai de retour à Lille, frais comme un œillet.

A propos, Charles en portait un aussi.

P.S. : Beaucoup de gens m’ont reconnu parmi les rangs des spectateurs, lors de la retransmission télévisée du vendredi 22 février, et je suis devenu en quelque sorte une vedette dans mon quartier. Malheureusement, je n’avais aucun contrat avec la RTF et il me reste peu d’espoir de recevoir un cachet.

Le Gala du Jouet et la Presse :
François Dhellemmes (La Voix du Nord) :
Que souffle alors un petit air de poésie et tout, heureusement, devient fleur bleue. Charles Trenet n’a pas chanté « Fleur bleue » mais « La route enchantée », « Une étoile m’a dit »
(sic) et « L’âme des poètes ». Chansons majeures et pourtant toujours étonnamment jeunes, plus jeunes que celui qui les disait.

Télé Sept Jours :
Une nuit du Jouet bien décevante… Seuls Françoise Dorin, Jacques Charon et Charles Trenet tirèrent leur épingle du jeu.





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