TRENETEMENT
Paroles : Charles Aznavour - Musique : Charles Trenet
© 1994 - Editions Raoul Breton
Ma page est vierge,
Je suis devant.
Il me faut écrire un roman
Et je gamberge,
Me tiens le front,
En cherchant une inspiration.
Si, dans une heure
J’ai pu noircir quelques feuillets,
Mon éditeur
Pourra me consentir un prêt
Que ma concierge guette déjà,
Car mon loyer
N’est pas payé
Depuis six mois.
Je me concentre,
Mais rien ne vient.
Et je suis mangé par la faim,
Car dans mon ventre
Au désespoir
Il n’y a pas même un café noir.
J’ai beau chercher
Comment faire un repas gratuit,
Dans le quartier
Je n’obtiens plus aucun crédit.
Et quand je rentre
Chez eux parfois,
Les commerçants
Sont menaçants
Dès qu’ils me voient.
Muse ma reine,
Ma tendre amie,
Mon doux cœur et mon pur esprit,
Mets-moi en veine,
Je suis à court,
Je t’en prie viens à mon secours.
Donne moi donc
Trois personnages et un décor,
Qui connaîtront
La vie, l’amour et puis la mort,
Que ça devienne un best-seller
Qui m’offre un jour
Et le Goncourt
Et l’habit vert.
Mon cœur bat vite,
Ça y est, je crois
Mon roman s’écrit malgré moi.
Quand je cogite,
Ma plume court,
J’en oublie tout ce qui m’entoure.
Je suis génial,
J’ai fini l’œuvre en une nuit,
Le point final
Est au bas de mon manuscrit.
Je sollicite
Mon éditeur
Qui m’éconduit
Avec mépris
Ah ! quel malheur.
Dès lors je sombre
Dans la folie
Et je dis adieu à la vie,
Dans la pénombre
Sans oraison,
Je me fais un trou dans le front.
Je vois d’en haut
Les gens s’arracher mes bouquins.
Souvent il faut
Mourir pour devenir quelqu’un.
Mais comme une ombre
Souvent la nuit,
Je reviendrai.
Je le promets,
Et sans répit
Je ferai peur
Aux éditeurs
Toutes les nuits.